RECOSYNTH ANALYSE ET SYNTHÈSE DES EXPÉRIMENTATIONS ET ACTIONS DE RESTAURATION ÉCOLOGIQUE REALISEES SUR LE SITE MINIERS EN NOUVELLE-CALÉDONIE DEPUIS 30 ANS

Résumé : L’exploitation du nickel est une ressource économique majeure en Nouvelle-Calédonie. Cependant, elle nécessite un décapage total du sol, avec élimination de la flore et la faune qui s’y développent. Une partie des écosystèmes ultramafiques (ou miniers), d’une richesse exceptionnelle, subissent ainsi une dégradation totale, très difficile à réparer. Afin de laisser aux générations futures les mêmes paysages et les services écosystémiques correspondants, il apparaît de plus en plus évident qu’un effort considérable doit être consenti pour restaurer correctement les terrains dégradés, avec l’objectif de produire des écosystèmes si possible similaires à ceux supprimés, ou du moins stables sur le très long terme. Les premiers essais de revégétalisation ont été réalisés, en Nouvelle-Calédonie, dans les années 1970 et 1980. On utilisait alors diverses espèces exotiques avec des résultats peu satisfaisants. Puis des essais utilisant le gaïac (Acacia spirorbis) et le bois de fer (Casuarina Collina) ont été réalisés, avec l’inconvénient de la mise en place de formations monospécifiques. Il est bien connu que les plantations mono-spécifiques ou pauvres en espèces, sont fragiles sur le long terme, car elles résistent beaucoup moins aux variations du milieu que les plantations comportant de nombreuses espèces. Les observations sur le terrain ont montré en effet plusieurs cas de mortalité brutale. A partir des années 1990, différents travaux ont montré l’intérêt de l’utilisation d’espèces indigènes ou endémiques (Jaffré et Rigault 1991a, b ; Jaffré et Pelletier 1992 ; Jaffré et al. 1993 ; Luçon et al. 1997 ; Luçon 2009). De nombreuses études sur l’optimisation des techniques, ainsi que l’utilisation de mélanges d’espèces natives ont par la suite été menées (Sarrailh 2001 ; McCoy et al. 2002). C’est pourquoi, la restauration des milieux miniers dégradés s’est orienté ensuite vers une restauration écologique, seule capable d’assurer une évolution vers un équilibre durable à très long terme1. La question de savoir si l’équilibre qui s’installera sera ou non très similaire à l’état initial du milieu avant exploitation, n’est pas essentielle aujourd’hui. Par contre, l’ancienneté de certains terrains revegétalisés montre que la plupart des espèces endémiques utilisées pour la restauration survivent des dizaines d’années après revégétalisation et il n’y a aucune raison de penser qu’un milieu restauré avec diverses espèces puisse se dégrader brutalement après plus de 25 ans de développement. Il importe de définir d’abord ce que nous appelons restauration écologique et la différence avec la notion de revégétalisation. La restauration écologique est un concept qui a commencé à se développer dans le monde à la fin des années 1970 (Bradshow 1983) et dont l’objectif est de recréer un écosystème en équilibre, idéalement similaire à l’écosystème 1 La restauration des milieux ultramafiques doit en effet viser le très long terme, car les écosystèmes ultramafiques existent depuis des dizaines de millions d’années. Une revégétalisation qui ne permettrait pas leur pérennité, impliquerait beaucoup d’investissement sur les plans financier et humain, pour un résultat n’assurant pas la réparation des services écosystémiques de ces milieux pour les besoins des générations futures. initial, sinon se rapprochant autant que possible des caractéristiques de celui-ci, et ceci afin d’assurer la pérennité sur le très long terme du milieu concerné (Van Diggelen et al. 2001; Young et al. 2005; SERA 2015 ; pour le détail voir la synthèse bibliographique de Amir et al. (2016), réalisée dans le cadre de ce projet). En ce qui concerne les maquis miniers néocalédoniens, la revégétalisation est uniquement un moyen d’initier une évolution vers cette restauration écologique, qui devrait alors pouvoir se réaliser par complexification progressive, sur un certain nombre d’années. La période de temps est nécessairement longue pour ces maquis du fait de la lenteur de croissance des espèces végétales et, plus généralement, de la dynamique d’évolution lente de ces milieux peu fertiles. Après une quarantaine d’années d’expérience de la revégétalisation des terrains miniers dégradés en Nouvelle-Calédonie, on peut aisément constater que le chemin parcouru en termes de maîtrise de la restauration écologique est important : plus de 100 espèces végétales, essentiellement endémiques, maîtrisées en pépinière et une amélioration nette de notre savoir sur les graines, leur conservation et leurs dormances (Fogliani et al. 2004 ; L’Huillier et al. 2010 ; Zongo 2010 ; Wulff et al. 2012 ; Villegente 2013 ; Zongo et al. 2016). Les topsoils et leurs propriétés sont de plus en plus connus (Amir et al. 2014 ; Bordez 2015) et leur gestion bien maîtrisée (Bordez et al. 2016). Les moyens d’améliorer la fertilité des substrats des terrains dégradés se sont diversifiés et affinés, et la microbiologie de ces sols, notamment des symbiotes majoritaires, a atteint le stade de l’application sur terrain (Amir et Ducousso 2010 ; Amir et al. 2014). Par ailleurs, de nombreux travaux et essais de revégétalisation sur le terrain, visant la restauration écologique, utilisant diverses techniques et testant divers résultats de recherche, ont été réalisés depuis plus de 30 ans. Malheureusement, les résultats qui découlent de la majorité de ces travaux sont dispersés et ne sont pas connus ou très peu. De plus, les essais n’ont pas été suivis sur un temps suffisamment long pour en apprécier l’intérêt et l’efficacité. A part la synthèse apportée par l’ouvrage désormais incontournable de L’Huillier et al. (2010), un bilan synthétique pratique sur la revégétalisation des terrains miniers est devenu nécessaire pour clairement déterminer l’état des connaissances et savoir comment orienter les recherches à venir. Suite à ce constat partagé par tous les acteurs intervenant dans ce domaine, le CNRT « Nickel et son environnement » a publié un appel d’offre pour effectuer un bilan des opérations et essais réalisés ces dernières décennies en revégétalisation orientée vers la restauration écologique. Un consortium constitué de deux équipes de recherche de l’Université de la Nouvelle- Calédonie (UNC) et de l’Institut Agronomique néoCalédonien (IAC), ainsi que de deux entreprises privées travaillant dans ce domaine, SIRAS Pacifique et Bota Environnement, s’est constitué pour mener cette étude sur deux ans, de 2015 à 2017. Le projet RECOSYNTH propose une approche à la fois analytique et synthétique visant à explorer de façon optimale le maximum de données sur les différents programmes de revégétalisation orientés vers la restauration écologique en Nouvelle-Calédonie, depuis une trentaine d’années. Pour cela, il est important de cibler un nombre suffisant de sites revégétalisés pour disposer d’un panel représentatif de la diversité des cas, à la fois sur les plans géographique, topographique, climatique, pédologique, technique et en termes d’années de remise en état. L’approche générale consiste, dans un premier temps, à collecter toutes les données existantes sur plusieurs dizaines de sites revégétalisés, puis à retourner sur ces terrains pour y décrire, avec de nombreux paramètres, l’état actuel du site et de son évolution. L’ensemble des données est alors intégré dans une base de données spécialement dédiée, avant d’être traité par diverses méthodes statistiques, complétées par des comparaisons directes. En effet, cette étude comporte une difficulté majeure, identifiée dès l’origine du projet : la diversité des essais et travaux, réalisés à différentes époques, dispersés sur tout le territoire, à différentes altitudes, sur différents terrains, dans diverses conditions climatiques CNRT - Projet RECOSYNTH – Rapport scientifique final – Octobre 2018 Page 18 sur 282 et environnementales, avec des approches très différentes et une qualité variable des données initiales rend l’interprétation des résultats extrêmement complexe. Les objectifs du projet ont donc été définis comme suit : i) mettre en évidence le maximum de techniques pratiques et de conditions favorables à une bonne restauration écologique de ces milieux et en déduire des recommandations pour optimiser les possibilités d’évolution vers un état de maquis minier équilibré ; ii) mettre au point un ou des indicateurs de réussite de la restauration écologique basés sur les résultats obtenus ; iii) faire des propositions pour les recherches qui doivent être faites dans les années à venir dans ce domaine.
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Contributor : Bariller Laurence <>
Submitted on : Thursday, June 13, 2019 - 12:38:08 AM
Last modification on : Wednesday, November 20, 2019 - 7:10:18 AM

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Hamid Amir, Bruno Fogliani, Simon Gensous, Gilles Durrieu, Laurent l'Huillier, et al.. RECOSYNTH ANALYSE ET SYNTHÈSE DES EXPÉRIMENTATIONS ET ACTIONS DE RESTAURATION ÉCOLOGIQUE REALISEES SUR LE SITE MINIERS EN NOUVELLE-CALÉDONIE DEPUIS 30 ANS. [Rapport de recherche] tome Nickel et Environnement, CNRT "Nickel et son environnement". 2018, 286 p. ⟨ird-02154755⟩

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